Le resvératrol met fin au vieillissement
Le resvératrol est capable d’inhiber l’agrégation des plaquettes sanguines. Suite à une lésion d’une paroi artérielle, les plaquettes viennent s’accrocher aux parties endommagées du vaisseau et produisent de l’ADP et du thromboxane A2. Ces composés déclenchent l’agrégation des plaquettes entre elles et le thromboxane A2 provoque de surcroît une vasoconstriction. L’accumulation d’un grand nombre de plaquettes forme une masse compacte pouvant obstruer le vaisseau.
En 1995, Pace-Asciak et ses collaborateurs[24] ont montré que deux polyphénols du vin rouge, le quercétol et le resvératrol, pouvaient inhiber in vitro l’agrégation plaquettaire induite par l’ADP (ou par la thrombine). Ils ont aussi établi que le resvératrol était capable de bloquer la synthèse du thromboxane A2 à partir de l’arachidonate. La même équipe poursuivit l’année suivante ses travaux[25] sur 24 sujets humains auxquels ils ont fait boire par période de 4 semaines, du vin rouge, du vin blanc, du jus de raisin et du jus de raisin additionné de 4 mg·l⁻¹ de resvératrol. L’analyse de leurs plaquettes a montré que les groupes qui avaient consommé du vin ou du jus additionné de resvératrol accroissaient leur résistance à l’agrégation plaquettaire et diminuaient leur thromboxane. Les propriétés proprement anti-inflammatoires du resvératrol ont été mises en évidence en 1997 sur la souris. On s’est aperçu que le resvératrol pouvait réduire un œdème de la patte de la souris induit par le carraghénane, en agissant au niveau des prostaglandines[26]. Les prostaglandines et les thromboxanes sont des médiateurs lipidiques de l’inflammation dérivés de l’acide arachidonique. L’arachidonate provient lui, en général, des phospholipides de la membrane plasmique (par action de la phospholipase A2). De ce composé dérivent ensuite par la voie de la cyclo-oxygénase (COX-1 et COX-2) les prostaglandines et les thromboxanes (voir schéma).
Plusieurs travaux ont montré que le resvératrol était en mesure d’inhiber l’enzyme cible COX-2. Les études in vitro sur les cellules épithéliales[27] et sur les macrophages[28] ont montré qu’il pouvait réduire la synthèse de prostaglandines en inhibant l’expression du gène de la COX-2 et en diminuant directement l’activité de la COX-2.
| Voie de transduction du signal inhibée par le resvératrol dans une plaquette.IP3 va stimuler l’augmentation du calcium intracellulaire et le DAG déclenche des phosphorilations de protéines provoquant la sécrétion des granules et conduisant au final à l’activation de la plaquette |
L’aspirine est un médicament antithrombotique très souvent prescrit bien qu’une proportion importante des patients y soit résistante. En traitant des prélèvements sanguins avec le collagène (pour provoquer l’agrégation plaquettaire), Stef et ses collaborateurs[29] ont montré le resvératrol pouvait réduire l’agrégation des plaquettes des patients cardiaques résistants à l’aspirine, là où l’aspirine échouait. Toutefois le mécanisme précis d’action du resvératrol n’est pas parfaitement compris.
Des travaux récents[30]suggèrent que l’effet cardioprotecteur du resvératrol, obtenu grâce à sa puissante inhibition de l’agrégation plaquettaire et son atténuation de l’expression d’une protéine de surface, la P-sélectine[31], serait lié en amont à la diminution de l’activité de la phospholipase C β (PLC β). Le thromboxane A2 active les plaquettes en se fixant sur un récepteur spécifique de celles-ci couplé à une protéine G et à la phospholipase C (PLC) qui catalyse des réactions produisant IP3 (inositol triphosphate) et DAG (diacylglycérol).
